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Honoré Philippe, Les vieux métiers au début du siècle

LE BOURRELIER

C'est un vieux métier qui ne pourra pas disparaître mais qui est beaucoup moins important aujourd'hui.

Les autrefois il y avait des chevaux et des bœufs pour les travaux des champs d'où la nécessité de gros harnachements, d'une solidité à toute épreuve.

Je me souviens très bien du "borali" (bourrelier en patois) Tissot qui réparait les harnais et autres pièces de cuir. Il ne faisait que les réparations, les pièces neuves étaient achetées en ville.

Il y avait toujours du monde dans sa boutique, surtout lors des foires. Tissot était un homme de service qui aimait aller boire un verre avec ses clients au café d'en face.

C'est le bourrelier Debornes qui lui avait succédé.

LE SCIEUR

M. Charbonnet avait une importante scierie, située à l'emplacement actuel de la coopérative agricole.

Avant la scierie il y avait un moulin à farine (origine du nom actuel de ce quartier de Cruseilles) dont l'eau arrivait par un bief de "Vers l'étang" transformé aujourd'hui en lac des Dronières. Entre l'étang et le moulin l'eau, alimentait une tannerie, démolie aujourd'hui, puis était rejetée pour aller au moulin.

Cette scierie employait toujours quatre ou cinq ouvriers. Le pauvre Charbon net était perdu de rhumatismes. Il avait le genou bloqué et, pour se déplacer avec son vélo, il se propulsait avec un liteau en imitant le geste du rameur.

Il aimait à faire une halte avec ses amis chez "le bornain" et dans les autres cafés de Cruseilles.

LES PHARMACIENS

Il Y a eu plusieurs pharmaciens marquants à Cruseilles.

André Bouchet était mon conscrit; il tenait "la pharmacie du Salève". C'était le neveu du regretté docteur Henri Bouchet.

En dehors de son travail de pharmacien, André Bouchet était très populaire et très farceur. Il composait des poèmes que l'on peut lire dans "l'Almanach du Vieux Savoyard". On l'appelait le "barde" car il adorait jouer de "l'accordéon à groin", comme il disait. C'était bien sûr de la musique à bouche.

M. Vuichard, on le voyait piler dans son mortier en pierre des herbes et autres médicaments pour en faire des pommades et des potions qu'il vendait dans des petits potets (petits récipients en terre cuite d'une contenance d'à peu près 1/2 verre). Il exigeait qu'on lui rapporte les pots et les bouteilles car il les réutilisait.

Le dimanche, ce bon pharmacien allait dans son pays, Savigny, où il grimpait avec aisance au Vuache pour ramasser des plantes et des fruits; il collectionnait aussi les arbustes.

Il aimait, avec un brin d'humour, écrire des slogans sur ses amis ou sur la politique. Ces "pensées" étaient épinglées dans son officine.

LES FACTEURS

Comme pour les pharmaciens, plusieurs facteurs sont restés dans les mémoires à Cruseilles.

Gust à la Mélie. Arrivé à la retraite, la receveuse qui était assez sévère, lui demandait parfois de faire des remplacements. Gust était toujours très content de reprendre du service car, à chaque maison, il buvait un petit coup. A la fin de la journée, au moment de rendre les comptes, il était incapable de compter quoi que ce soit. La receveuse se mettait en colère et lui demandait combien il avait bu de canons et il répondait:

"Oh, da diu, si faut anco lo compto, vo n'me reveri po ! "

Fournier et jules Chappaz, deux facteurs qui faisaient la tournée à Cernex. Chappaz a même épousé une fille de Cernex, il a profité d'une de ses tournées pour l'enlever...

Je me rappelle aussi de Lexis Monat, mon conscrit ainsi que de Curtenaz également mon conscrit que l'on surnommait' "la goinne" pour le taquiner.

LE FORGERON ET LE MARECHAL-FERRANT LES CHARRONS

j'avais deux amis forgerons, François et Marcel Démolis de Jussy. On les appelait les" gargosson".

Ils étaient forgeron et maréchal-ferrant, deux métiers complémentaires qui nécessitaient une grande endurance. Au début du siècle et jusqu'à la seconde guerre, ils avaient beaucoup de travail car on ferrait les chevaux et les bœufs. Le forgeron cerclait les roue de chars.

Deux charrons travaillaient en face. Ils fabriquaient toutes les pièces pour les chars et le forgeron les assemblait avec eux. Ces deux charrons étaient Louis et joseph Cusin.

Ces deux ateliers étaient un lieu de rencontre où les hommes aimaient discuter dans le bruit du métal frappé et dans la chaleur de la forge à soufflet.

Tout les quatre travaillaient face au café Fournier, et toute la journée ils aimaient y faire des petites virées. Les journées se terminaient bien souvent dans les vignes du Seigneur.

C'étaient des gens de service très honnêtes qui ne gagnaient pas beaucoup d'argent.

Ils ont cessé leur activité vers 1960.

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Traité et publié le 4 février 2005 par Michel Weinstoerffer