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Honoré Philippe, Les cultures disparues de Cernex au début du siècle

J'ai connu des cultures aujourd'hui disparues.

 

LE SEIGLE

Dans notre région on récoltait surtout du blé. Il partait chaque année près de quatre vingts tonnes de blé pour les minoteries Cléchet et Goud.

On semait également de l'orge et de l'avoine pour l'alimentation du bétail; en plus, certains paysans semaient du seigle dont la tige mesurait jusqu'à un mètre cinquante de hauteur. Cette céréale ne passait pas à la batteuse. Pour en extraire le grain, c'était un travail spécial. Il était battu au fléau: des bottes de seigle très longues étaient étalées dans les granges de façon que tous les épis soient concentrés au même endroit pour éviter de briser les tiges après battage au fléau. Ce travail très primitif nécessitait une adresse et une résistance exceptionnelle. Ce n'était pas du sucre!

Cette paille n'ayant pas été brisée par une batteuse était ramassée avec délicatesse pour être peignée avec un grand peigne en bois fixé à un mur de la grange pour cette occasion. Par grosses poignées et du côté des épis débarrassés de leurs grains, on en faisait de jolies "masselottes" que l'on mettait en gerbes pour les vendre chez les maraîchers et surtout aux vignerons suisses. Ceux-ci utilisaient cette paille pour attacher les sarments des ceps aux échalas, c'était un travail fait par les femmes appelées les "effeuilleuses" ; elles étaient habiles à tirer chaque tige des masselottes humectées d'avance. Ces ouvrières saisonnières étaient recrutées chez les frontaliers car ce travail était bien rémunéré. L'utilisation de la paille de seigle a disparu avec l'arrivée du raphia dans les années 1945-1950.

Cette paille de seigle servait également au rempaillage des chaises et à la fabrique de benons de boulanger.

Dans chaque maison il y avait une personne qui fabriquait des benons*, empaillait les chaises et faisait des paniers. Je me souviens de Joseph Dunand dit "Joset Rolliot", de mon oncle François, d'Auguste Jeantet dit "le poucet" qui était spécialiste des hottes, plus récemment Paul Christin et moi-même. Je faisais aussi des balais en bois blanc. *Les benons sont des corbeilles rondes ou allongées qui servaient à faire lever la pâte à pain avant de l’enfourner

Ces activités se faisaient l'hiver.

LA RÉCOLTE DU CHANVRE

Chaque paysan récoltait son chanvre jusque dans les années 1940-1945. Aujourd'hui il n'y en a plus dans notre région.

C'était une plante qui poussait très vite jusqu'à un mètre et demi voire deux mètres de hauteur; il lui fallait un terrain fertile. La récolte se faisait l'automne où la plante séchait sur place. Elle était ensuite récupérée précieusement dans un lieu sec. L'hiver, en famille et avec les voisins, on procédait au teillage. Cela consistait à casser par petits morceaux la plante sèche dont on récupérait des paquets de filasses en assez gros volume. Une industrie annecienne peignait la filasse et fabriquait le fil qui était rendu en gros pelotons pour le tisserand ou le cordier qui fabriquait des cordes d'une grande solidité, presque inusables.

On pouvait vendre le peloton de fil au tisserand ou alors l'échanger contre du tissu.

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Traité et publié le 4 février 2005 par Michel Weinstoerffera