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Une bizarrerie orthographique

Cernex, Copponex, Menthonnex, Saint-Ornex*

Une bizarrerie orthographique?


Cernex, Copponex, Menthonnex et Saint-Ornex, dans le secteur de Cruseilles, mais aussi Bernex, Onex, Sacconex, Bardonnex par delà la frontière Genevoise, se sont prononcés au cours des siècles avec une terminaison en (è). C'est ainsi que Copponex s'est écrit tantôt Copponet, tantôt Copponay On peut s'interroger sur l'origine de cette étrangeté orthographique et s'interroger également sur son avenir. 

Dès la Renaissance, s'est posée dans les Etats de Savoie, qui s'étendaient alors jusqu'aux portes de Genève, la question de l'orthographe des noms de lieux dès lors que le latin avait cédé la place au Français doublé du Piémontais dans les textes officiels.

Le français était (est toujours) une langue accentuée sur la dernière syllabe et les consonnes terminales, de même que les e muets, ne se prononcent pas.

Au contraire, le piémontais tout comme ce qui deviendra plus tard l'italien est une langue dont la dernière syllabe n'est jamais accentuée et où toutes les lettres se prononcent. Nos scribes ont alors inventé deux procédés qui ont fait fortune en Savoie et dans le Genevois. Premièrement, on allait écrire « az » ou « oz » à la fin des noms de lieux (ou de famille) dont la dernière syllabe est muette. Ainsi La Clusaz prononcé La Cluse, Saint Jorioz prononcé Saint Joris, et dans le Val des Usses, Marlioz prononcé Marlie ou Verlioz prononcé Verlie. Deuxièmement, et voici l'origine de la bizarrerie qui nous occupe, on écrirait « ex » à la fin du mot si celui-ci était accentué sur la dernière syllabe, donc Cernex, Copponex, etc.

 

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Qu'en est-il aujourd'hui?


D'une part, la Savoie est devenue française, donc tous les mots sont accentués sur la dernière syllabe, ce qui conduit inéluctablement à prononcer la terminaison az ou oz. Dans un premier temps on dit La CIusa, Saint Jorio, mais on entend déjà le Semnoze, Verlioze, Marlioze. La dérive semble inéluctable.

En revanche, la laideur du son (ekse), - ce son servait en patois à exciter les chiens: « Ksi, ksi mords-le », a préservé jusqu'ici la prononciation (è).

Toutefois l'influence internationale de l'anglais où toutes les lettres se prononcent et du français méridional (on dit «  tabaque, porque «  etc. dans le Languedoc) ne pourra pas être évitée.

En effet, l'influence des langues n'obéit ni à l'histoire, ni à la politique ni à la raison. 

Se pose donc une question délicate: souhaite-t-on conserver le patrimoine local et la prononciation de nos ancêtres ou bien est-on disposé à accepter la prononciation (Cernekse, Copponekse) etc. ?

Deux municipalités, qui ne sont pas du secteur, mais sans doute y aurait-il d'autres exemples, ont décidé de revenir à l'orthographe ancienne, d'ailleurs plus esthétique, en ay.

Il s'agit d'Argonex, devenu Argonay et Fernex-Voltaire devenu Ferney-Voltaire. Alors: Cernay, Copponay, Menthonnay, Saint-Ornayou la prononciation: Cernekse, Copponekse, Menthonnèkse et Saint­-Ornekse? 

On peut encore faire le choix ou en discuter; demain, le choix sera fait inéluctablement par la langue, et sans nous.

Michel Cusin-Brens

*Saint-Ornex est un château entre les bois Chardon et la route de Châtillon.

Crédit documentaire Alpes 74, avec l’aimable autorisation de Michel Cusin-Brens
Bulletin N°20 - 2004